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Japan Ink
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Soudain : Ryūsuke Hamaguchi prend le temps de regarder la vie

Nous avons eu l’occasion d’assister à une séance de Soudain, le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.

Après Drive My Car ou encore Le Mal n’existe pas, le cinéaste japonais revient avec un film particulièrement ambitieux de 3 h 15, porté par Virginie Efira et Tao Okamoto. Deux actrices récompensées conjointement par le Prix d’interprétation féminine à Cannes pour leurs rôles.

Un film qui demande du temps et de la disponibilité, mais qui aborde avec beaucoup de sensibilité des sujets aussi universels que le vieillissement, la maladie, le soin et surtout la rencontre avec l’autre.

Deux femmes, deux parcours

Marie-Lou dirige un établissement pour personnes âgées en région parisienne. Très investie auprès des résidents, elle cherche à défendre une manière plus humaine de les accompagner, malgré un quotidien où les contraintes sont nombreuses.

Mari est quant à elle une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer.

Leur rencontre va progressivement donner naissance à une relation particulière.

Hamaguchi ne cherche pourtant pas à précipiter ce rapprochement. Il prend le temps d’installer ses personnages, de les faire parler, se découvrir et parfois simplement partager un moment ensemble.

Car dans Soudain, ce sont avant tout les échanges qui font avancer le récit.

3 h 15 : une durée qui se ressent parfois

Il faut forcément parler de la durée.

Soudain dure 3 h 15, et cela pourra clairement constituer un frein pour certains spectateurs.

Ryūsuke Hamaguchi prend son temps. Beaucoup.

Les conversations s’étirent, les silences aussi, et certaines scènes semblent volontairement refuser toute forme de précipitation.

Nous avons apprécié cette manière de laisser les personnages exister, notamment lorsqu’elle permet de faire naître des moments très simples mais particulièrement justes.

En revanche, nous avons été moins convaincus lorsque le film devient plus théorique. Certains dialogues autour du soin, de la vieillesse ou de notre rapport à la mort donnent parfois l’impression de vouloir trop expliquer ce que le film cherche à nous transmettre.

Quelques passages auraient ainsi gagné à être davantage resserrés.

Pour autant, il serait dommage de résumer Soudain à sa longueur. Car lorsque le film trouve le bon équilibre, cette lenteur devient aussi l’une de ses qualités.

Virginie Efira et Tao Okamoto, un duo qui fonctionne

La grande réussite du film vient incontestablement de ses deux interprètes principales.

Virginie Efira apporte beaucoup d’énergie à Marie-Lou. Elle incarne une femme profondément engagée dans ce qu’elle fait, parfois confrontée aux limites d’un système qu’elle aimerait voir évoluer.

Face à elle, Tao Okamoto propose quelque chose de beaucoup plus retenu.

Son personnage aurait facilement pu être défini uniquement à travers sa maladie. Ce n’est jamais le cas.

Mari reste avant tout une femme avec ses envies, son travail, son humour et sa façon d’appréhender ce qui lui arrive. Le cancer fait partie de son histoire sans devenir toute son identité.

C’est dans la confrontation puis la complémentarité entre ces deux personnalités que le film trouve ses moments les plus touchants.

Le Prix d’interprétation féminine partagé par Virginie Efira et Tao Okamoto à Cannes prend alors tout son sens : l’une fonctionne difficilement sans l’autre.

Que signifie réellement « prendre soin » ?

Derrière la rencontre entre Marie-Lou et Mari, Soudain s’intéresse également à notre manière d’accompagner les personnes les plus vulnérables.

Dans l’établissement dirigé par Marie-Lou, Hamaguchi filme les résidents avec une attention particulière.

Le film évoque notamment l’humanitude, une approche du soin qui cherche à préserver autant que possible la dignité, l’autonomie et le lien avec la personne accompagnée.

Et certaines des scènes les plus fortes ne sont finalement pas les plus dramatiques.

Un regard.

Une conversation.

Un geste.

Une présence.

À travers ces petits instants, Soudain pose une question beaucoup plus vaste : comment continuer à vivre pleinement lorsque notre corps ou notre situation nous rend dépendant des autres ?

La maladie sans tomber dans le mélodrame

Avec un personnage atteint d’un cancer et un récit qui se déroule en partie auprès de personnes âgées, Soudain aurait facilement pu tomber dans une accumulation de scènes destinées à provoquer les larmes.

Hamaguchi choisit heureusement une autre voie.

Il parle de la maladie et de la mort, mais son film reste étonnamment tourné vers ce qui existe encore avant elles.

Les relations.

Les projets.

Les discussions.

Les moments ordinaires que l’on partage avec quelqu’un.

Cette retenue rend finalement certains passages beaucoup plus émouvants que s’ils avaient été davantage dramatisés.

Notre avis

Soudain est un film exigeant.

Ses 3 h 15 ne passent pas totalement inaperçues et nous avons ressenti quelques longueurs, particulièrement lorsque les dialogues deviennent très démonstratifs.

Mais le film possède en contrepartie une véritable délicatesse.

Ryūsuke Hamaguchi observe ses personnages sans chercher constamment à provoquer une réaction chez le spectateur. Il leur laisse simplement le temps d’exister.

Et surtout, il peut compter sur un très beau duo formé par Virginie Efira et Tao Okamoto, dont la complicité porte une grande partie du récit.

Nous sommes donc sortis de la séance avec un sentiment assez particulier : celui d’avoir vu un film parfois trop long et certainement imparfait, mais dont plusieurs scènes continuent de revenir en mémoire après la projection.

Parce que derrière toutes ses réflexions sur le soin, la vieillesse et la maladie, Soudain raconte finalement quelque chose de beaucoup plus simple :

le temps que l’on accorde aux autres peut parfois changer une vie.

Soudain

Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
Avec : Virginie Efira, Tao Okamoto, Kodai Kurosaki
Genre : Drame
Durée : 3 h 15
Sortie en France : 12 août 2026
Distinction : Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2026, attribué conjointement à Virginie Efira et Tao Okamoto

— Nao, pour Japan Ink

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